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Texte à méditer :   Pour exécuter de grandes choses, il faut vivre comme si l'on ne devait jamais mourir.   Vauvenargues, 1746.
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Trois mises en scènes pour un monument

– par Thierry Philippon – Caméra Vidéo & Multimédia – Juillet-Août 2006

Tout monument imposant peut être filmé selon trois approches : touristique, historico-culturelle ou artistique. Nous avons ici adapté ces scénarii à la tour Eiffel.

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Un peu stupidement, j’estimais que filmer la tour Eiffel se cantonnait à monter jusqu’au troisième étage, rendre compte du superbe point de vue et s’offrir une belle descente en travelling-ascenseur. Le « scénario » étant identique pour tous, le vidéaste que je suis risquait donc de réaliser le même film que des milliers d’autres amateurs. En réalité, tout monument d’envergure offre d’innombrables « points de vue ». Impossible que deux films se ressemblent. Partant de là, voici trois approches distinctes. Et si vous les jugez trop « compartimentées », rien ne vous interdit de piocher des éléments ci et là pour les mixer à votre sauce.

Le film touristique

Approche et captation

C’est l’approche la plus simple. Elle convient au débutant, mais le vidéaste expérimenté peut aussi préférer cette solution, faute de temps ou pour ne pas s’embêter. Le traitement touristique peut mêler des séquences classiques et soignées à des éléments plus inventifs. Un bon truc : présenter une première vision du monument de loin sou différents axes. Ici, nous pouvons montrer la tour Eiffel depuis un autre édifice comme le Sacré-Cœur ou encore à partir du Trocadéro ou le Champ de Mars.

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Cette captation à distance comporte deux avantages : elle permet de situer immédiatement le sujet principal dans son environnement et apporte une vraie solution au vidéaste désavantagé par rapport au photographe.  En effet, de près, la verticalité d’un monument imposant pose problème pour faire entrer l’édifice dans un cadre 16/9. Reculer de plusieurs centaines de mètres s’impose alors comme une évidence. Retenez toutefois que la vue entière du monument est la plus difficile à « caser » et la moins intéressante, car la plus banale. Préférez un panoramique rapproché sur des détails que vous aurez pris soin de repérer à l’avance. Enfin, avant de grimper, filmez le panneau des tarifs en laissant s’approcher des touristes qui accentuent la dimension internationale.

En montant

Une fois à « l’intérieur » du bâtiment, votre film peut s’établir selon une logique de progression. Il s’agit de ne pas rater un élément important en cours de route. Soyez attentifs aux divers détails : un chapeau ou une écharpe peuvent s’être envolé et accrochés quelque part. ces accessoires témoignent à leur façon de la hauteur de la tour.  Profitez de la montée en ascenseur pour réaliser un superbe travelling. Surtout pensez à revisionner votre séquence car différents incidents ont pu se produire : bousculade, vitre sale, autofocus en perdition, contre-jour… Vous aurez droit à une seconde chance en redescendant.

Depuis le sommet

La prise de vues du haut d’une tour laisse souvent parler le zoom. Voyez si plusieurs plans à des focales différentes ne valent pas mieux. Le spectateur aura moins le sentiment que vous improvisez. En effet, des zooms non répétés peuvent ne pas se dérouler comme prévu. Parmi les incidents fréquents : accélération impromptue, achèvement par un flou involontaire ou encore tremblement pour cause d’insuffisance de stabilisateur. Le film touristique concède quelques vues chocs depuis les hauteurs. De toutes façons, nous n’hésiterez pas ! l’exercice mérite à notre avis autant de plans larges que de séquences prises au téléobjectif. Amusez-vous à les alterner. Stabilisez autant que possible le camescope sur un appui naturel. Attention aux vibrations que pourraient occasionner d’autres touristes.

Au sommet, des panneaux indiquent l’orientation et la distance des principales capitales mondiales. Voyez si un travelling sur les drapeaux des pays peut constituer une éventuelle séquence de fin.

Le film artistique

L’approche

L’approche artistique est à réserver à ceux qui ont du temps. Pas de dogme en matière de créativité, mais on peut poser quelques jalons. L’idée est de miser sur une composition audacieuse ou insolite. Bref, sortir des sentiers battus. Plutôt que de filmer l’édifice de plain-pied, choisissez un avant-plan (par exemple une statue) en laissant le monument en arrière-plan. On peut aussi saisir les lignes architecturales de mille façons. Ainsi, en été du moins, l’ombre majestueuse de l’édifice a toutes les chances de venir chatouiller les pieds des passants au loi, en contrebas… Les vues en surplomb accentué étant inhabituelles à l’œil humain, on peut aussi cadrer des personnages qui seront écrasés par la perspective mais donneront aux images un aspect un peu irréel.

Jouez également sur les gros plans, les détails. Pour cela, vous pouvez utiliser les longues-vues souvent présentes sur les monuments. Une séquence possible consiste à zoomer sur l’orifice de la longue-vue jusqu’à obtenir un flou puis d’enchaîner ce plan avec la vision d’un élément du paysage pris au téléobjectif.

On peut encore mettre en scène un personnage et lui demander de se déplacer depuis des endroits-clés où le panorama est particulièrement beau. La caméra le suit alors en travelling ou le fait entrer/ sortir du champ…

De jour et de nuit

Dernière idée de départ ou de conclusion : filmer de jour et de nuit. Mais pas n’importe comment. Tentez d’exploiter la fameuse technique du point de vue identique qui consiste à enchaîner au montage une même vue diurne et nocturne.

Pour réussir ce type de séquence, il faut prendre un repère fiable (marque sur le sol ou autre) se souvenir de l’orientation et de l’inclinaison précise du corps. Un muret peut vous y aider, ou un trépied bien trépied bien évidemment. Bonne chance !

Le film historique et culturel

Le type d’approche.

Ce type d’approche est à la portée de tous mais convient mieux à ceux qui recherchent une vraie construction, un « thème dans le thème ». Par chance, le gestionnaire de l’édifice met souvent tout en œuvre pour que ces éléments soient visibles du public.  Le scénario culturel ou historique devient alors facile à élaborer.  Encore faut-il savoir en repérer les ingrédients. Il y a les évidences : le bâtisseur par exemple. On peut aussi capter les lieux historiques célèbres comme le restaurant et les endroits plus méconnus comme le bureau de Gustave Eiffel.

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Suivez les guides…

En passant par le pilier sud (escalier), vous pourrez filmer la machinerie historique de 1899. L’intérêt d’emprunter l’escalier est aussi de poser son objectif sur les multiples panneaux du journal de la tour Eiffel qui jalonnent l’ascension. Ces panneaux racontent les mésaventures, petits et grands exploits, qui ont émaillés la vie de l’édifice. En 1891, on tente son escalade sur des échasses, de 1900 à 1914 retentit le « canon de midi » qui permet aux parisiens de régler leurs montres, en 1927, Lindbergh se dirige grâce à la tour Eiffel, en 1977, un drive du golfeur Arnold Palmer retombe au 2ème étage, en 1983, une moto de trial emprunte les escaliers, etc.

Autant d’événements matérialisés par des panneaux qui vous évitent tout commentaires : il vous suffit ensuite d’enchaîner les vues de chaque événement en les laissant à l’écran environ 3 secondes chacune.

Dans la même idée, au sommet, coup de zoom sur une plaque discrète mais importante : elle rappelle que les soldats d’un général – Gustave Ferrié – installèrent un poste de radiotélégraphie militaire en 1908 qui sauva la tour d’une démolition certaine. En effet, la Ville de Paris voulait récupérer le site pour aménager un jardin !

Dernière piste : le film historique et culturel peut aussi se construire à partir d’un mixage entre vos propres images et des vues anciennes que vous pourrez récupérer. On connaît les fameuses vues de la construction de la tour Eiffel étage après étage. Elles sont assez faciles à trouver. Seule condition à respecter, votre film doit se destiner à un usage strictement privé ou clubiste.

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9 pièges à éviter

  1. Débrayez l’autofocus et l’iris lorsque vous filez depuis l’ascenseur. En effet, les alternances des poutrelles provoquent une réaction de pompage de la mise au point et de l’exposition.
  2. La prise de vues depuis l’ascenseur procure des images de toute beauté par beau temps. Encore faut-il que vous puissiez filmer sans être coincé au milieu des touristes. Petite stratégie : se précipiter en premier au rester bon dernier (attention, le liftier fait la police).
  3. Prenez garde aux barres métalliques. Filmés de près, les motifs réguliers comme ceux de la tour Eiffel peuvent provoquer une réaction du capteur désagréable en cas de mouvement de votre part, sous forme de « vibration » des lignes droites. Prenez la peine de faire un essai et de contrôler sur écran. Si cela se produit, n’abusez pas de ce type de plan.
  4. Pour minimiser les moments d’attente, vous pouvez escalader les marches jusqu’au 2ème étage depuis le pilier sud puis prendre l’ascenseur une fois parvenu à ce stade. Vous évitez ainsi l’interminable attente depuis le sol, d’autant qu’un second ascenseur est nécessaire pour monter du 2e au 3e étage !
  5. Protégez votre caméscope. L’exiguïté de certains passages, surtout au 3ème étage ou dans les files d’attente, est propice aux chocs ou aux bousculades. Plus qu’ailleurs, veillez-y !
  6. Camescope en bandoulière : l’excitation de la visite ne doit pas vous faire perdre votre prudence. En effet, il y a de nombreux endroits où l’appareil peut vous échapper. Un étourdissement dû au vertige est toujours possible…
  7. Gérez les contre-jours. Vous rencontrerez fréquemment des situations de contre-jour sur les monuments. Pensez à réviser pour savoir où se trouve la touche (ou la fonction) Back Light.
  8. Si vous filmez à peu de distance des grillages, nombreux sur la tour Eiffel, débrayez l’autofocus, il y a de grandes probabilités que l’appareil fasse le point sur l’acier, pas sur le paysage !
  9. En filmant dans l’escalier, des vibrations sont fréquentes lors de l’approche d’autres personnes, même si elles se situent 3 mètres plus bas, tenez-en compte !

Remarques :

Bien sûr, l’auteur a pris ici pour exemple la tour Eiffel mais, les principes énoncés sont bien valables pour tout autres monuments que ce soit lorsque vous projetez de réaliser un film plutôt touristique ou artistique ou encore historique et culturel.

Un bon conseil, tout film se prépare que ce soit avant votre voyage, ou avant votre excursion :

  • Se documenter – il y a moultes façons de cueillir des informations : Internet, cet outil précieux par lequel vous pouvez consulter les offices du tourisme ; chaque site prestigieux a bien souvent aussi son propre site, mais il y a aussi, le Guide Michelin et le Guide du Routard.
  • Le repérage – allez sur place et prenez la mesure de ce monument, faites-vous déjà une idée de comment vous allez aborder et construire votre film, imprégnez-vous de l’ambiance locale, notez les parasites éventuels tels que bruits de circulation, autres…
  • Le scénario – toujours pratique, ayez sur vous un petit carnet sur lequel vous annotez vos remarques prises soit lors du repérage, soit encore d’après les sites internet et les guides que vous consultez. Sur base de cela, que ce soit à une terrasse ou dans votre chambre d’hôtel, travaillez les séquences d’après lesquelles vous allez filmer, faites un plan, ainsi, votre « découverte » ne sera pas improvisée mais bien une approche structurée. Une bonne préparation est souveraine.

Marc Weikmans – Royal Camera Club Wavre - 2021


Date de création : 08/04/2021 @ 15:51
Catégorie : Formations - Filmer mieux
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